Discours de S.M. le Roi à l'occasion des fêtes de Noël et de Nouvel An - 24 décembre 2008

  • 24/12/2008
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Mesdames et Messieurs,

La Reine et moi et toute notre famille vous souhaitons de bonnes fêtes de Noël et de Nouvel An. Elles sont l?occasion de repenser à l?année écoulée et de former des v?ux pour 2009.

Notre pays est secoué par une nouvelle crise politique qui trouve son origine dans la crise financière internationale et ses répercutions en Belgique dans le domaine judiciaire.

J?espère vivement que le sens des responsabilités de chacun conduira rapidement à la formation d?un nouveau gouvernement, en mesure de continuer à affronter efficacement les défis économiques, sociaux et financiers urgents de notre pays, et d?avancer dans la nécessaire réforme de l?Etat.

Je voudrais à présent partager avec vous quelques réflexions sur la crise financière internationale et sur nos problèmes institutionnels.

1. La Belgique, comme l?ensemble du monde, est secouée par la crise financière la plus sérieuse depuis les années 30.
? Celle-ci trouve son origine dans le développement de produits financiers incontrôlés, liés à des prêts hypothécaires risqués aux Etats-Unis. Ils étaient tellement compliqués et sophistiqués que la majorité des responsables financiers ne parvenaient plus à en déterminer la valeur réelle. Ces produits, dits toxiques, ont néanmoins été mis sur le marché. Ils furent acquis par des institutions financières dans le monde entier, à la recherche de marges de profits toujours plus grandes.
? Face à la débâcle financière, et après un premier réflexe de chacun pour soi, les autorités européennes, et les responsables internationaux ont rapidement réagi en prenant des mesures drastiques pour rétablir la confiance.
? Les conséquences de cette crise sur l?économie sont sérieuses et préoccupantes. Nos autorités publiques mettent tout en ?uvre pour en limiter l?impact négatif, en particulier sur l?emploi. Dans cette perspective, l?enseignement et la formation technique sont de première importance. Les partenaires sociaux auront également un rôle essentiel à jouer.
? Nous devons aussi tirer les leçons de cette crise financière pour qu?elle ne puisse plus jamais se reproduire. A ce propos, il me semble nécessaire de soumettre tous les produits financiers à un contrôle efficace et de procéder à la création d?un organisme régulateur européen indépendant. Refusons fermement le retour au chacun pour soi. Mettons cette crise à profit pour créer de nouvelles manières d?agir ensemble, tant sur le plan européen qu?au niveau mondial, comme ce fut d?ailleurs le cas lors de la conférence de Bretton Woods en 1944. Rappelons aussi que la finance doit être au service de l?économie, et celle-ci au service de l?homme.
? Enfin, cette crise financière a su mobiliser dans les pays développés de gigantesques moyens financiers, mais n?oublions pas de réaliser également la nécessaire protection des plus faibles, chez nous et dans le tiers monde. En effet, ils n?ont aucune responsabilité dans cette crise mais ils risquent néanmoins d?être parmi les premières victimes.

2. J?en viens maintenant à l?autre crise que nous avons vécue cette année. Elle concerne, vous le savez tous, la réforme de notre Etat. Les tensions politiques ont été fortes, mais je me réjouis beaucoup qu?un dialogue interinstitutionnel ait débuté. Comme le soulignaient les médiateurs, il s?agit d?entamer « des négociations sérieuses et crédibles devant aboutir à une réforme approfondie et équilibrée de l?Etat ». Les médiateurs ajoutaient que cette réforme doit conduire et je cite « à un rééquilibrage du centre de gravité institutionnel notamment en attribuant une autonomie, des compétences et des responsabilités accrues aux entités fédérées, sans remise en cause de la solidarité interpersonnelle. » Fin de citation.

J?espère vivement, que malgré les difficultés, ces travaux se poursuivront dans un esprit constructif et aussi dans l?indispensable discrétion. L?enjeu est essentiel pour notre pays et le bien-être de tous. Mais il est aussi d?une grande importance pour d?autres dans le monde. Ainsi, j?ai été très frappé par une déclaration de Madame Ingrid Betancourt lors de son passage en Belgique. Elle disait, en s?adressant à des journalistes belges, et je cite : « je suis convaincue que votre générosité tient au fait que la Belgique a toujours vécu avec deux cultures qui se sont entendues, malgré des différences. Le monde a besoin de cela. Il y a trop d?intolérance, trop de solutions de facilité. Trop souvent, on se dit qu?on pourrait vivre chacun de son côté. C?est trop facile.» Fin de citation.

Pour conclure, je voudrais en votre nom à tous saluer nos militaires qui passent ces fêtes de Noël et de Nouvel An loin de leur foyer. Ils sont au Kosovo, au Liban, en Afghanistan et en Afrique. Ils y ?uvrent pour la paix, et nous sommes fiers d?eux. Je salue aussi très chaleureusement leurs familles restées ici au pays.

Enfin, je remercie toutes les personnes qui travaillent avec générosité en coopération avec des groupes fragilisés chez nous, ou avec des populations du tiers monde. Elles s?emploient également à l?édification d?un monde meilleur. Nous avons été heureux d?en rencontrer certaines lors de notre visite d?Etat en Inde, notamment la s?ur Jeanne Devos et Madame Claire Vellut.

En souhaitant que les crises financières, économiques et institutionnelles soient résolues, chacune le mieux et le plus rapidement possible, la Reine et moi et toute notre famille vous disons : Bonne année 2009.

In der Hoffnung, dass die finanziellen, wirtschaftlichen und institutionellen Krisen jede so gut und so schnell wie möglich geklärt werden, wünschen die Königin und ich, sowie unsere ganze Familie, Ihnen allen ein glückliches Jahr zweitausend neun !