Journée Internationale de l'Alphabétisation

  • 09/09/2009
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Mesdames et Messieurs,

Votre présence nombreuse à la Journée Internationale de l?Alphabétisation, que nous célébrons aujourd?hui, me réjouit au plus haut point. Lors de cette journée, nous cherchons à attirer l?attention sur l?illettrisme non seulement dans les pays en voie de développement, mais aussi dans les pays riches de l?Occident. Y compris dans le nôtre, où il fait bon vivre, mais qui compte encore un trop grand nombre de personnes illettrées.
Je tiens à mon tour, avec vous, à apporter ma contribution pour briser ce tabou et donner une plus grande visibilité à la problématique complexe de l?illettrisme, qu?il ne faut pas sous-estimer.
Je félicite le Fonds de la Poste pour l?Alphabétisation, qui est géré par la Fondation Roi Baudouin, pour l?organisation de cette journée de rencontre entre tous les acteurs belges dans le domaine de l?illettrisme et de l?alphabétisation.

Mesdames et Messieurs,

Mon propos, aujourd'hui, ne sera pas d'aligner les chiffres et les analyses concernant l'illettrisme et l'analphabétisme en Belgique. Monsieur Johnny Thijs, Chief Executive Officer (CEO) de la Poste, et Monsieur Van Geertsom, Président du Comité de Gestion du Fonds de la Poste, qui viennent de vous adresser la parole, ont déjà très bien décrit les conséquences sociales très larges et très lourdes de cette forme d'exclusion sociale que beaucoup hésitent encore à avouer.

C'est à un titre plus personnel que j'aimerais intervenir. Depuis longtemps j?ai une attention particulière pour les personnes confrontées à des difficultés de langage et pour qui l'écrit et la lecture constituent donc souvent des obstacles majeurs. C'est un enjeu dont je me sens proche.
Mais c'est également en tant que mère que je prends la parole dans le cadre de cette journée. Toute mère se sent toujours porteuse de la mission d'éducation de ses enfants, bien que je garde à l?esprit le rôle clé des pères à cet égard. La difficulté à faire accéder son enfant à l'écriture, à la lecture, est souvent ressentie par une mère comme un échec personnel.
On veut toujours le meilleur pour ses enfants, mais comment réaliser ce v?u lorsque l'on n'arrive pas à leur offrir les apprentissages nécessaires à la vie en société ? Encore aujourd'hui, des mamans ont du mal à assurer cette transmission, soit parce qu'elles sont isolées socialement, soit parce qu'elles ne maîtrisent pas encore les codes de notre société.
Leurs enfants ne connaîtront donc pas, dès leurs premières années de vie, une réelle égalité des chances. Ils démarreront leur scolarité avec des handicaps, des difficultés à manier la langue, à acquérir la lecture et l'écriture. Ce sont souvent ces mêmes enfants qui, en raison de cette accumulation d'obstacles, éprouveront de telles difficultés dans leur vie de tous les jours à l'école qu'ils préfèreront quitter celle-ci au plus vite.

Aujourd'hui encore, notre société continue en effet à « produire de l'illettrisme » , si je puis m?exprimer ainsi. On estime qu'un enfant sur dix quitterait l'enseignement fondamental sans le certificat d'études primaires et, à l'adolescence, on estime à environ un tiers la proportion de jeunes qui quittent définitivement l'école sans avoir le moindre diplôme en main.
Ce parcours, fait d'échecs, de souffrances personnelles, les parents qui n'ont pas su ou pas pu soutenir les premiers apprentissages de leurs enfants le devinent. Ils savent ce qu'il en coûtera de honte et de revers à leurs enfants. Ils savent que, chez leurs adolescents, le décrochage scolaire s'accompagnera d'un lent décrochage social qui les mettra souvent en contact avec la délinquance et la drogue. Ils savent que cela signifie une vie d'adulte sans horizon large, faute de compétences professionnelles ; et donc, faute de revenus, de logements, de loisirs,? Nous connaissons tous la spirale infernale de l'exclusion sociale.
Ce sont évidemment les publics les plus fragiles qui sont principalement touchés par ce problème : les familles marginalisées, les personnes qui ont du mal à trouver leurs propres marques dans notre société, mais également celles qui viennent d'ailleurs et ont un besoin crucial de savoir lire et écrire pour avoir quelque espoir de fonctionner dans notre société.
Les enfants en difficulté d'apprentissage butent encore sur un autre obstacle. Souvent, ils grandissent au sein de milieux familiaux où il n'est pas possible, pour diverses raisons, de les accompagner et de les soutenir dans leur travail scolaire. Il peut s?agir de parents d'origine étrangère qui ne savent pas toujours où s'adresser pour trouver de l'aide ou de familles belges très précarisées que la honte incite à taire ce handicap, mais également de jeunes qui trouvent difficilement leur place dans notre société moderne.
C'est sans doute vis-à-vis de ces publics les plus fragiles que l'effort doit être soutenu en priorité, car cette action permettra de freiner ? voire peut-être un jour de supprimer ? la reproduction de cette injustice sociale. C'est en aidant ces parents, aujourd'hui, que l'on diminuera le risque d'avoir, demain, des adolescents et des adultes illettrés ou analphabètes.

Les solutions existent: les dispositifs d'accrochage scolaire, le travail avec les enfants et les parents, la prévention auprès des très jeunes mères,?.. J'ai pu moi-même constater la motivation des candidats à l'alphabétisation et des équipes qui les accompagnent dans leur progression lente, mais sûre, vers l'autonomie.

C?est ainsi que j?ai eu l?occasion de visiter ces dernières années diverses organisations qui transmettent à des enfants, à des jeunes mais aussi à des adultes les compétences de base indispensables en lecture, en écriture et en calcul. Toutes ces initiatives étaient d?une manière ou d?une autre axées sur le développement humain afin de permettre à chacun de fonctionner avec une autonomie maximale dans notre société. Les gens doivent pouvoir communiquer entre eux pour pouvoir vivre ensemble et avoir accès au monde qui les entoure, que ce soit en matière de travail, de santé, d?éducation des enfants, de loisirs? J?ai découvert des projets originaux, qui cherchent par exemple à impliquer étroitement non seulement les enfants, mais aussi les parents dans la vie de l?école: un accompagnement scolaire à domicile, assuré en général par des volontaires ? souvent jeunes -, des parents qui se rendent à l?école et y assistent à des réunions parallèles à l?école pour être mieux informés de la scolarité de leur enfant, ou encore des enfants qui mettent leurs vacances à profit pour améliorer leurs connaissances linguistiques et être ainsi mieux préparés pour entamer l?année scolaire suivante. Ce ne sont là que quelques-uns des beaux projets que j?ai pu découvrir. J?y ai chaque fois rencontré des personnes très intéressées et motivées. Certaines ont réussi à surmonter leur handicap avec beaucoup de volonté et s?engagent à présent elles-mêmes dans la lutte contre l?illettrisme. Ces ?experts du vécu? sont d?une grande importance pour faire passer le message voulu au public. Je tiens à les féliciter pour leur persévérance.

L?alphabétisation ouvre des perspectives d?un avenir meilleur, non seulement pour l?individu mais aussi pour un développement durable de la société. L?accès à l?écrit est en effet l?affaire de tous: sans cela, la démocratie est difficilement envisageable. C?est pourquoi les efforts investis dans cette lutte en valent la peine et méritent tout notre appui.

Mesdames et Messieurs,

Vous connaissez ma préoccupation et mon engagement vis-à-vis des familles fragilisées par les accidents de la vie ou les difficultés économiques. Mon appui à la lutte contre l'illettrisme et l'analphabétisme va dans ce sens.
Pouvoir communiquer- y compris par le biais des techniques informatiques modernes- permettra de mettre un terme à l'isolement social dans lequel se retrouve celui ou celle qui n'arrive pas à saisir ce que la société lui communique et qui n'arrive pas non plus à se faire comprendre par elle.
La lutte contre l'analphabétisme et l'illettrisme est lente et ardue. Elle aura besoin d?appuis nombreux et solides. C'est donc un véritable plaisir de voir le nombre d'associations et d'organismes réunis ici, à l?initiative du Fonds de la Poste pour l?Alphabétisation, insistant ainsi sur le symbole fort que propage la Journée internationale de l?alphabétisation. C'est la preuve qu'en Belgique, nombreux sont les acteurs qui acceptent de mobiliser leur temps et leur énergie pour cette lutte.
Je vous félicite pour votre engagement. Il est évidemment essentiel que vous puissiez vous rencontrer et partager vos expériences.
Je vous invite à présent à visiter l'espace interactif qui facilitera cet échange. Je vous encourage à poursuivre votre travail et je souhaite à tous et à toutes que vos efforts soient couronnés de succès.