Visite d`Etat en Espagne - Chambre espagnole des Représentants

  • 20/09/1994
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Monsieur le Président du Congres,
Monsieur le Président du Sénat,
Mesdames et Messieurs les Sénateurs,
Mesdames et Messieurs les Députés,

En Espagne comme en Belgique, la démocratie trouve ses racines au Moyen-Age dans l#autonomie des communes. Cette représentation populaire s#incarne ici depuis des siècles dans les Cortes.

Les circonstances qui me permettent de m#adresser vous aujourd#hui constituent donc pour moi la fois un honneur et un très grand motif de satisfaction.

Un honneur d#abord parce que cette rencontre représente un des moments forts de la visite que la Reine et moi effectuons en Espagne l#invitation de Leurs Majestés le Roi Juan Carlos et la Reine Sofia.

Une satisfaction ensuite, parce qu#il y a seize ans, lors d#une visite d#Etat, mon frère bien-aimé le Roi Baudouin, eut le privilège de s#adresser votre Assemblée. Cela avait été pour lui-même et la Reine Fabiola, une source de joie, tout comme pour nous aujourd#hui.

Mesdames et Messieurs,

La Belgique est heureuse de trouver l#Espagne ses côtés dans cette aventure pacifique et sans précédent qu#est la réalisation graduelle de l#Union Européenne. Mes compatriotes sont fiers d#avoir été parmi les pionniers dans cette entreprise et d#avoir pu apporter, différents moments, des contributions importantes cet édifice. Dans un siècle qui a été marqué, chez vous comme chez nous, par beaucoup de sang et de larmes, beaucoup de morts et de ruines, nous avons su, en Europe Occidentale, surmonter durablement nos antagonismes, gérer ensemble un destin partagé, organiser notre indépendance au sein d#institutions communes. Espérons que ce triomphe de la raison pourra s#étendre graduellement l#ensemble du continent.

Dans un discours remarqué qu#il prononça il y a quelques jours au Collège d#Europe Bruges, votre Roi s#est exprimé avec courage et conviction sur l#Europe des valeurs qui devrait, elle aussi, être l#ordre du jour de nos discussions sur l#avenir de notre continent.

Voil près d#un demi-siècle que les premiers chapitres de notre entreprise commune ont été écrits. Dans les années de l#immédiat après-guerre, il s#est trouvé des esprits inventifs et des gouvernements audacieux pour mettre en route ce projet si original. L#écoulement du temps n#a fait que confirmer la validité des objectifs proposés et l#efficacité des structures mises en place. La Communauté qui comptait six pays fondateurs en compte douze aujourd#hui, seize demain, plus encore sans doute dans quelques années. N#est ce pas finalement la plus belle preuve de succès ´

La vie politique quotidienne de chacun de nos pays est profondément marquée par l#Union Européenne. Elle influence les décisions de votre gouvernement comme du nôtre, les délibérations de votre assemblée, et même la jurisprudence de nos Cours. Elle traduit ce qu#il y a de commun dans notre approche de la vie en société : l#Etat de droit, la démocratie, les droits de l#homme. Elle établit au-del de l#unicité du marche une solidarité entre nos peuples qui se traduit notamment par d#importants transferts de fonds. Elle conjugue nos intérêts économiques et commerciaux et s#efforce de les défendre dans un marché mondial de plus en plus compétitif. Elle harmonise nos vues en politique étrangère et se prépare aborder les questions de défense.

Cette vaste entreprise a été conduite dans le respect de la spécificité de nos peuples et de la diversité de leurs cultures qui font la richesse de notre continent. Des Etats différents par leur taille, leur niveau de développement, leurs traditions et leur histoire coopèrent dans un ensemble structuré, sans esprit de domination ni volonté d#hégémonie. C#est pour cela que la Belgique, comme l#Espagne, se sent l#aise dans l#Union Européenne.

Nous avons convenu ensemble de tenir en 1996 une conférence intergouvernementale pour réexaminer au moins certains articles des traités qui nous lient. Les travaux préparatoires sont en cours dans chacun de nos pays. Un groupe de réflexion commun se réunira dès l#année prochaine sous une présidence espagnole. C#est une grande responsabilité vis- -vis de notre avenir commun.

Les difficultés qui ont entouré dans certains pays la ratification du traité de Maastricht indiquent un certain désarroi dans l#opinion, une information insuffisante, la montée du scepticisme, du "chacun pour soi". Nous avons assisté aussi un retour des réflexes nationalistes, comme si l#histoire n#était pas la pour nous enseigner les tristes conséquences de ce mode dépassé.

Je suis sûr que l#Espagne saura donner l#impulsion initiale cette conférence qui doit conduire l#Union Européenne vers le XXIème siècle dans le respect de ses caractéristiques propres : efficacité, solidarité, tolérance. La leçon importante de ce demi-siècle de construction européenne est que malgré nos différences les intérêts essentiels des pays européens sont les mêmes et qu#il faut mettre l#accent sur ce qui nous rassemble plutôt que sur ce qui nous sépare. En mettant cette leçon constamment en avant, nous emporterons la conviction de nos peuples, nous éviterons de retomber dans les erreurs anciennes et nous répondrons l#attente de nos voisins qui demandent se joindre notre entreprise. Sur cette voie vous trouverez toujours la Belgique vos côtés.

C#est le message que je voulais vous transmettre aujourd#hui.