Visite d`Etat en Espagne - Dîner de gala offert par LL. MM. le Roi Juan Carlos et la Reine Sofia d`Espagne

  • 19/09/1994
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Sire, Madame,

L#invitation effectuer une visite officielle en Espagne que Vos Majestés nous ont adressée dès le début de notre règne, nous a profondément touchés.

Notre rencontre ne souligne pas seulement les liens d#affection qui unissent nos deux familles, mais elle témoigne aussi des relations étroites et chaleureuses entre nos deux Nations.

Sire, Madame,

Je voudrais rappeler ici avec émotion le soutien et le réconfort que Vous nous avez si spontanément manifestés il y a un an, lors du décès de mon frère bien-aimé le Roi Baudouin. La Reine Fabiola, la Reine et moi et tous mes compatriotes garderont toujours le souvenir de cette sollicitude venant du coeur.

Sire,

Nous savons tous le rôle capital que vous avez joué dès le début de votre règne pour faire rentrer votre Pays dans la famille des Nations démocratiques. Vous représentez aujourd#hui cette Espagne dynamique et moderne que nous apprécions tellement. Avec la Reine Sofia vous vous consacrez entièrement au bien-être de tous vos compatriotes et au rayonnement de votre Pays, que tant de Belges aiment visiter chaque année.

Sire,

L#histoire a tissé de nombreux liens entre nos deux Pays. Après-demain nous serons avec Vos Majestés l#ultime retraite de notre ancêtre conunun, Charles Quint ou Charles Ier d#Espagne, qui naquit Gand et mourut Yuste. Il a laissé un patrimoine de gloire et de richesse qui nourrit notre histoire et remplit nos musées. Il y a quelques mois nous avons pu admirer, ensemble Bruxelles, ses tapisseries et ses armures. Pendant un siècle et demi, après sa mort, les destins de nos Pays, parfois douloureux, souvent glorieux, ont été unis.

Les contacts multiples, les mariages, les migrations de cette époque laissent de nombreuses traces que l#on retrouve, ici ou l , dans un nom de famille, un monument, un tableau, une ancienne fondation.

L#enrichissement culturel a été reciproque. Imaginons un instant la créativité artistique d#une conversation entre Rubens et Velasquez qui se sont connus ici, Madrid, la Cour de Philippe IV. N#oublions pas non plus la fraternité des armes : elle se traduit notamment par ce régiment des Gardes Wallonnes qui pendant plus d#un siècle a contribué l#histoire militaire de votre Pays.

Plus récemment, la Belgique se souvient de l#aide et de l#appui que le Roi Alphonse XIII apportait mon grand-père, le Roi Albert, pendant la Première Guerre mondiale. Enfin la vie du Roi Baudouin a été tout spécialement marquée par son mariage avec la Reine Fabiola, née de cette terre d#Espagne. Tous mes compatriotes se souviendront longtemps encore du rayonnement de ce couple royal.

Sire, Madame,
Mesdames, Messieurs,

Si le règne de Charles Quint fut une époque où l#union des peuples de notre Continent apparaissait déj en filigrane, aujourd#hui les destins de nos deux Pays sont nouveau liés, et cette fois définitivement, par la volonté librement exprimée de nos peuples.

L#Espagne et la Belgique sont résolument engagées dans la construction européenne.

Je constate une grande convergence de vues entre nos deux Pays quant ce que nous voulons faire et quant la manière de le réaliser.

Sire,

Votre remarquable discours jeudi dernier au Collège d#Europe Bruges, en témoigne de manière éclatante.

Sire, Madame,
Mesdames, Messieurs,

Cette communauté de pensée et d#action est apparue dès la candidature de l#Espagne la Communauté Européenne que la Belgique a appuyée sans réserve. Mon Pays se réjouit de l#apport significatif de l#Espagne l#oeuvre commune.

De nouveaux défis nous attendent présent, s#agissant tant de l#élargissement de l#Union Européenne que de son approfondissement. Des dates importantes sont fixées. Je pense en particulier la Conférence qui se réunira en 1996 pour revoir certaines dispositions du Traité de Maastricht, ainsi qu# la mise en oeuvre progressive de l#Union monétaire qui doit nous conduire la monnaie unique européenne. Ces défis sont sans doute considérables. Je suis certain que nous continuerons défendre les intérêts véritables de l#Union Européenne.

Sire, Madame,
Mesdames, Messieurs,

Notre vieux Continent subit ces dernières années de profonds bouleversements. Il a retrouvé sa vocation et sa capacité de libre détermination de son destin. Cette transformation a cependant entraîné, dans plusieurs zones, de nouvelles instabilités. Qui d#entre nous n#a pas devant lui les images des horribles souffrances des peuples de l#ex-Yougoslavie.

Au-del des frontières de notre Continent, des populations continuent s#entre-déchirer. Je pense en particulier aux horreurs commises au Rwanda.

Force nous est donc de mesurer la modestie de notre action face des tragédies de cette nature. Ainsi s#impose l#Union Européenne le devoir de renforcer sa politique extérieure et de sécurité. La stabilité et la sécurité, mais aussi le respect des minorités, l#épanouissement des valeurs démocratiques et des droits de l#homme où qu#ils soient menacés forment l#essentiel de la responsabilité de la politique extérieure de notre Union.

Je sais combien l#Espagne et la Belgique sont déterminées poursuivre la réalisation de ces objectifs fondamentaux. Nos deux pays partagent d#ailleurs des préoccupations semblables l#égard de certaines régions instables bordant la Méditerranée.

Ces nouveaux défis qui s#imposent l#Europe ne nous dispensent certes pas de nos responsabilités vis- -vis du Tiers Monde. C#est spécialement le cas pour l#Espagne et la Belgique qui, dans le passé, ont établi des relations étroites avec plusieurs pays du Tiers Monde, relations qui nous interpellent encore aujourd#hui. Nous ne pouvons rester indifférents la situation dramatique dans laquelle vivent encore certaines populations.

Autant de chantiers pour notre coopération bilatérale, assurément, mais aussi pour un travail en commun dans les Institutions de l#Union Européenne.

Nous sommes bien placés, l#un et l#autre pour construire un fédéralisme européen. En effet, dans des contextes sans doute différents, nous avons chacun favorisé l? épanouissement culturel et économique des diverses composantes de nos deux Pays.

Sire, Madame,
Mesdames, Messieurs,

Nos deux peuples ont des racines profondes dans l#histoire de notre Continent. Je suis convaincu qu#ils peuvent contribuer donner notre vieille et grande Europe les moyens véritables de son destin.

C#est dans cette perspective que je vous invite lever votre verre la santé de Leurs Majestés le Roi et la Reine d#Espagne, au bonheur du peuple espagnol et l#amitié entre nos deux Pays.