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Allocution de Sa Majesté la Reine à l'occasion de l’UCLouvain, Louvain-la-Neuve

3 décembre 2019

Le rôle du monde académique dans la mise en œuvre des objectifs du développement durable

Excellences,
Monsieur le Recteur,
Mesdames et Messieurs,
Chers étudiants,

Vous tenez aujourd’hui pour la première fois une journée « UCLouvain en transition », placée sous le signe du développement durable. C’est donc avec plaisir que je prends la parole en tant que Défenseur des Objectifs du Développement durable des Nations Unies.

J’ai hâte de découvrir, avec vous, les projets concrets que développent professeurs, chercheurs et étudiants au sein de votre université, pour contribuer à cette transition.

Les thématiques du développement durable sont diverses, mais pourtant liées entre elles : le climat, l’énergie, les océans, les inégalités, ou encore les modèles d’agriculture et d’alimentation.

En quelques années, les objectifs du développement durable ont pris leur envol. Ils servent désormais de référence à de nombreuses initiatives de citoyens, d’entreprises et du secteur public.

Mais nous vivons dans un monde et dans des sociétés plus fragiles qu’il n’y paraît. Le Secrétaire général des Nations Unies le souligne avec force : les objectifs du développement durable ne pourront pas être atteints d’ici à 2030, si les efforts ne s’accélèrent pas pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, la production de déchets, la destruction de la biodiversité et la pauvreté. L’inertie est, à terme, synonyme d’aggravation du réchauffement climatique, du creusement des inégalités et de l’épuisement des ressources.

Ce constat d’urgence ne doit pas nous décourager, mais au contraire galvaniser les efforts et l’action. 

Changer les réflexes et les comportements est possible. Vous, les jeunes, vous vous mobilisez pour réclamer ces changements et pour ouvrir les yeux de vos aînés et de vos contemporains sur les défis qui nous attendent.

Ces changements doivent bien entendu s’appuyer sur la recherche et sur la science, dans les domaines les plus divers, comme vous le faites au sein de votre université. Mais il faut bâtir des ponts entre la science et la société pour que les arguments scientifiques puissent être mieux entendus. 

Pour cela la société a aussi besoin de votre énergie et de votre créativité. Elle a besoin de vous pour développer des solutions innovantes. Votre curiosité et votre capacité à travailler en réseaux sont autant d’atouts que vous pouvez développer au sein de l’université et mettre au service du développement durable. 

La société a aussi besoin de votre capacité à communiquer. Lors de ma visite à l’Université de Columbia à New York en septembre dernier, je me suis entretenue avec des étudiants venus d’horizons très divers. Juristes, économistes, spécialistes de l’environnement, tous et toutes étaient passionnés par leurs recherches sur divers aspects de la durabilité. Tous se disaient convaincus des risques auxquels la planète et ses habitants sont exposés et de la nécessité d’y apporter des réponses. Pourtant, ils faisaient aussi part d’un certain sentiment d’impuissance à ne pas être entendus par la majorité de la population. 

La prise de conscience de l’urgence et de l’importance de la transition ne peut pas, en effet, rester confinée à de petits groupes déjà informés et déjà convaincus. Comment atteindre les plus hésitants?

Pour certains, les difficultés du quotidien, l’incapacité à se projeter dans l’avenir ou encore les coûts jugés inéquitables de l’adaptation constituent des obstacles en apparence insurmontables. Ecouter ceux qui sont sur le terrain et qui connaissent bien leurs communautés, développer des arguments ou des solutions sur mesure, et entretenir avec tous un dialogue respectueux me semble la bonne voie. Comprendre les motivations et les réticences et y apporter les réponses, constitue un enjeu majeur. Vous pouvez, chacun à votre niveau, jouer ce rôle d’intermédiaire. 

Si nous voulons changer les comportements dans la durée, l’éducation sur les objectifs du développement durable devra aussi trouver sa place dans les programmes de cours, non seulement à l’université, mais aussi dès les petites classes.

Les systèmes d’enseignement tout entiers peuvent contribuer à former des citoyens de demain, qui seront à même de prendre des décisions éclairées.

Comme vous le savez, l’accès pour tous à une éducation de qualité fait partie des objectifs du développement durable. C’est un des objectifs qui me tient particulièrement à cœur, comme c’est probablement le cas pour vous tous.

Dans le monde, un élan majeur a permis de donner accès à l’école primaire à presque tous les garçons et les filles, y compris dans les pays en développement. Malheureusement, il faut constater que la qualité de l’enseignement, à tous les niveaux, n’a pas suivi.

De nombreux enfants et de nombreux jeunes aujourd’hui, en particulier dans les pays en développement, n’atteignent pas le niveau de compétences correspondant au nombre d’années qu’ils passent à l’école et peinent encore, par exemple, à déchiffrer des textes simples lorsqu’ils entrent dans le secondaire. Leurs chances de poursuivre leurs études ou de trouver un emploi qualifié s’en trouvent compromises. C’est tout leur avenir qui leur échappe, en dépit de leurs efforts, et de ceux de leurs professeurs. Mais le métier d’enseignant est complexe et exigeant. Les professeurs doivent aussi recevoir le soutien et la reconnaissance qu’ils méritent pour le rôle indispensable qu’ils jouent au sein de nos sociétés.

La santé mentale est aussi, pour moi, une préoccupation majeure. Bien qu’elle fasse partie intégrante des objectifs du développement durable, elle ne reçoit pas l’attention nécessaire. Nombreux sont notamment les jeunes qui sont confrontés à des problèmes émotionnels, à la dépression et au burn out, à l’école, à l’université ou au travail. J’ai remarqué combien il est compliqué, pour celles et ceux qui traversent ces périodes de difficultés et de vraies souffrances, d’en parler. Il faut lever le tabou, en discuter entre jeunes mais aussi avec les personnes qualifiées qui, en les écoutant dans leur désarroi, peuvent les accompagner. La santé mentale est une partie intégrante de la santé, il faut la prendre au sérieux.

Excellences,
Monsieur le Recteur,
Mesdames et Messieurs,
Chers étudiants,

Les processus de transition menant à l’adoption de modèles plus durables et plus équitables sont enclenchés. Mais pour qu’ils puissent véritablement porter leurs fruits et devenir pérennes, ils devront se diversifier, s’étendre et s’accélérer. La curiosité et la coopération intellectuelles sont, plus que jamais, des ressources indispensables pour offrir à la société des alternatives qui la placent fermement dans la voie du développement durable. Je ne doute pas que votre université poursuivra les réflexions et les actions que vous avez mises en lumière à l’occasion de cette première journée de la transition.

 

 

Seul le prononcé fait foi.