Allocution inaugurale « La santé mentale des jeunes : défis dans la société d’aujourd’hui »

Allocution inaugurale de Sa Majesté la Reine *
Académie royale de Médecine de Belgique
Palais des Académies
Messieurs les Secrétaires Perpétuels,
Messieurs les Présidents,
Mesdames et Messieurs,
C’est pour moi un grand plaisir d’être reçue aujourd’hui en qualité de membre d’honneur de l’Académie royale de Médecine de Belgique et beschermend erelid van de Koninklijke Academie voor Geneeskunde van België, institutions où rayonnent et sont mises en œuvre des valeurs primordiales que je partage profondément.
Ce nouveau rôle prend pour moi un sens aigu et très personnel, et tout à la fois, il s’inscrit dans une longue tradition de la Famille royale. En outre, la médecine occupe une place essentielle dans nos sociétés. Ses progrès sont fascinants. Sa pratique figure parmi les activités les plus précieuses de l’humanité.
Je me réjouis de votre proposition d’organiser conjointement et sur une base récurrente des séances consacrées à un thème qui me tient particulièrement à coeur, comme celui de la santé mentale.
Depuis des années, je suis de près des questions qui ont trait à la santé publique. J’ai fait de la santé mentale une priorité de ma fonction de Défenseur des Objectifs du Développement durable des Nations Unies. La sensibilisation à la santé mentale au niveau de la société, des familles, de l’école, du personnel soignant est primordiale.
Pourquoi est-il si difficile de parler ouvertement des problèmes psychologiques ou encore, pour ceux qui les éprouvent, de chercher assistance ? Pourquoi les difficultés psychologiques sont-elles encore souvent considérées comme un tabou ? Comment pouvons-nous aider à en parler sans honte ? Comment, en tant que société, pouvons-nous ouvrir la discussion sur la problématique des psychopathologies et sur leur prévention, afin que l’aide aux familles soit plus rapide et de meilleure qualité ?
L’OMS a démontré que de nombreux malentendus persistent chez les jeunes de dernière année du secondaire à propos de la dépression. Plus de 60% d’entre eux estiment que les personnes souffrant de dépression peuvent en guérir par le simple effet de leur volonté ; ou encore, que la dépression n’est pas une maladie au sens médical, voire même qu’elle est le reflet d’une personnalité faible.
Stigmatiser la dépression et les autres troubles mentaux pourrait dissuader ceux qui en souffrent de demander de l’aide.
Les acteurs de terrain que j’ai rencontrés, à l’école, dans les familles, dans les associations, et même à l’hôpital, m’ont confirmé qu’il est impératif de changer d’attitude vis-à-vis des problèmes de santé mentale. La dépression et le suicide d’enfants et d’adolescents sont des phénomènes alarmants, qu’il faut aborder de front.
Modifier les attitudes et les comportements n’est pourtant pas chose aisée. Notre société devra faire davantage d’efforts pour transmettre les connaissances, y compris en encourageant davantage de jeunes médecins et membres du personnel soignant à se former dans ces spécialités.
Dans nos sociétés qui accordent une si grande place à la réussite et aux performances, il est important d’apprendre aussi à accepter ses propres limites, à intégrer les échecs et à les surmonter.
Educateurs et parents ont un rôle crucial à jouer en faisant part de leurs propres vulnérabilités et en relatant leurs propres déceptions. Comme le disait le Roi dans son discours de Noël : « notre force intérieure se construit en surmontant les difficultés et non en nous y enfermant ou en les évitant. C’est grâce à cette force intérieure que nous pouvons réellement nous ouvrir aux autres et assumer nos responsabilités. »
*Seul le pronocé fait foi.