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Discours de Sa Majesté la Reine lors du Colloque « Santé Mentale et Vieillissement : et si on s'unissait ? »

22 février 2024

Colloque « Santé Mentale et Vieillissement : et si on s'unissait ? »

22 février 2024, Opéra Royal de Wallonie-Liège

 

Excellences,

Mesdames, Messieurs,

Les problèmes de santé mentale sont présents dans toutes les régions du monde, affectent toutes les communautés, et touchent des personnes de tout âge. A l’heure actuelle, selon l’OMS 150 millions de personnes en Europe sont concernées par de telles difficultés.

Les différentes crises sanitaires, économiques et climatiques n’ont fait qu’accroître le nombre d’individus touchés. Même s’il existe des stratégies de prévention et des traitements efficaces, la plupart des personnes qui souffrent de troubles psychiques n’ont pas accès à ces soins, en particulier au sein des couches sociales les plus défavorisées. 

C’est dans ce contexte que leur prise en charge est devenue aujourd’hui une des priorités de l’OMS et plus récemment du Parlement Européen. Les Nations-Unies y apportent aussi une attention particulière à travers l’Objectif de Développement Durable numéro 3. Et dans notre pays, le secteur des soins en santé mentale se réorganise pour essayer de répondre au mieux aux besoins.

La santé mentale ne se définit pas seulement par l’absence de trouble mentaux. Il s’agit d’une réalité complexe qui varie d’une personne à une autre, avec divers degrés de difficulté et de souffrance et des manifestations sociales et cliniques qui peuvent être très différentes. La santé mentale détermine nos aptitudes à prendre des décisions, à nouer des relations de qualité et à vivre harmonieusement en société.

Santé mentale et physique sont étroitement liées l’une à l’autre, dans une dynamique d’influences réciproques. La santé mentale fait partie intégrante de la santé et doit être traitée sur un pied d’égalité avec la santé physique.

Les risques de développer des problèmes de santé mentale sont présents à toutes les étapes de la vie et les adultes âgés sont concernés par ces difficultés dans d’importantes proportions.

Malgré les prévalences des troubles psychiatriques relevées chez les personnes âgées et le fait que le nombre des plus de 65 ans ne cesse de croître, seule une minorité d’entre eux bénéficie d’interventions spécialisées en santé mentale. Ce constat témoigne d’un problème d’accès à des soins en santé mentale de qualité. Or les personnes âgées qui souffrent de troubles psychiatriques risquent d’être soumis à une double stigmatisation liée d’une part, à leur appartenance au groupe des seniors et d’autre part, au groupe des personnes souffrant de problèmes de santé mentale. 

Non traités, ces problèmes peuvent avoir des conséquences importantes sur la personne elle-même : augmentation du risque de dépression, du risque d’hospitalisation, du risque de suicide. L’entourage et le personnel soignant ne sont pas non plus épargnés. Compte tenu du vieillissement de la population, l’accompagnement de nos aînés constitue un véritable enjeu de santé publique. L’attention à la santé mentale en générale et à celle des personnes âgées en particulier, doit constituer une priorité pour les années à venir.

Plus spécifiquement, il est essentiel que les personnes âgées puissent bénéficier de soins en santé mentale disponibles là où ils résident, dans des modalités qui conviennent à leur mode de vie, à leurs capacités fonctionnelles, psychologiques et cognitives et ce, quelque soit leur culture, leur langue ou leur situation socioéconomique.

Les soins aux adultes âgés doivent répondre à une approche spécifique, liée d’une part, à leur fragilité et d’autre part, à l’hétérogénéité des pathologies dont ils souffrent. Il est important d’intégrer au sein des équipes médicales, des professionnels formés en gérontologie. Il est également essentiel de développer des services pluridisciplinaires, spécifiquement destinés à l’accompagnement de personnes souffrant de problèmes complexes, pouvant être totalement ou partiellement liées à l’avancée en âge. Ces situations nécessitent une réponse intégrée, associant les dimensions médicale, psychologique, sociale et fonctionnelle.

Des formations spécifiques doivent être disponibles pour les acteurs spécialisés dans les soins en santé mentale aux personnes âgées mais aussi pour les professionnels de première ligne qui doivent être aidés pour faire face aux situations auxquelles ils sont confrontés tant à domicile qu’en institution. Certains pays comme la France, la Suisse et le Canada ont ainsi créé une filière spécialisée en santé mentale pour les adultes âgés.

Lors de ma visite ce matin à la Résidence Mativa, j’ai pu mesurer toute l’importance de renforcer l’autonomie et l’indépendance des personnes âgées en leur donnant l’opportunité d’avoir accès à des activités stimulantes, en favorisant la transmission intergénérationnelle, et en renforçant leur sentiment d’utilité et d’appartenance à leur communauté.

Pour conclure, je voudrais souligner que la question de l’accès des séniors aux soins en santé mentale nous concerne tous, quelque soit notre âge. Et pas seulement parce qu’un certain nombre d’entre nous fera un jour partie de cette communauté mais parce que défendre leur accès aux soins en santé mentale, c’est reconnaître ce qu’ils nous ont apporté et transmis, c’est reconnaître qu’ils nous sont précieux et qu’ils contribuent à bâtir le monde de demain.

Je vous remercie.