Discours de Sa Majesté la Reine - Prix Reine Mathilde 2016

Allocution prononcée par Sa Majesté la Reine à l’occasion de la remise du Prix Reine Mathilde : “Each One, Teach One”
Palais Royal de Bruxelles, le 12 mai 2016
Excellences, Mesdames et Messieurs, Chers jeunes,
Les événements tragiques qui ont récemment secoué notre pays nous ont rappelé d’une manière particulièrement pénible que nous devons accorder davantage d’attention à la place des jeunes dans la société.
Nous savons que les jeunes sont souvent vulnérables et incertains quant à leur avenir. Ils sont très réceptifs à des messages à sens unique et à certaines influences négatives émanant de leur entourage et, de ce fait, ne font pas toujours les bons choix.
De nombreux jeunes se fixent un but et sont prêts à s’investir afin de l’atteindre. Ils sont en permanence à la recherche d’expériences, de nouveaux défis, de nouvelles chances. Nous pouvons faire en sorte qu’ils mettent cette énergie positive à profit pour devenir des citoyens responsables.
Le sens des responsabilités et l’engagement démocratique peuvent s’apprendre très jeune.
C’est pour cette raison que le Fonds Reine Mathilde accorde beaucoup d’importance à des initiatives qui offrent aux jeunes des perspectives d’avenir dès le plus jeune âge ; des initiatives qui leur montrent la voie à suivre et les aident à trouver des repères. En effet, il n’est pas donné à tout le monde de trouver en soi-même la force nécessaire ou de pouvoir compter sur l’appui de sa famille ou de son entourage.
Mesdames et Messieurs,
Les enfants ont droit à un départ équitable dans la vie. Et comme une part considérable de leur vie se déroule à l’école, celle-ci joue, parallèlement à la famille, un rôle crucial dans leur formation intellectuelle, affective et sociale.
De récentes études ont fait apparaître que le chômage des jeunes demeure important en Belgique, et que la proportion de jeunes qui interrompent leur scolarité prématurément avoisine les 10 pour cent. Ce sont des indications que nous devons suivre de près. En effet, les jeunes sans diplôme présentent un risque accru de rester sans emploi à long terme. Ou alors, ils aboutissent dans des emplois qui ne leur offrent que peu d’occasions de s’épanouir ou de gravir des échelons au niveau professionnel.
Les raisons de ce décrochage sont multiples : la pauvreté infantile associée à un manque d’encadrement à la maison ; des problèmes liés à la langue ; des troubles de l’apprentissage; des problèmes d’ordre affectif ou psychologique ; sans oublier la maladie ou les handicaps physiques ou mentaux.
Et cependant, même pour les jeunes qui sont dans de telles situations, il doit être possible de s’insérer dans la société.
Nous pouvons y arriver, si nous établissons une relation positive avec eux en leur permettant d’accroître leur confiance en eux, de développer leurs talents et d’engranger des succès.
Les jeunes sont désireux d’être actifs et de s’engager pour les autres. Pensons au succès de nos mouvements de jeunesse, des équipes de jeunes dans le monde du sport et des nombreuses organisations qui mobilisent les jeunes à s’engager bénévolement pour une bonne cause. Il y a là tout un potentiel pour stimuler la citoyenneté responsable. De plus, l’entente et la cohésion entre les jeunes se renforcent lorsqu’ils aident d’autres jeunes.
C’est là qu’apparaissent simultanément la force de celui qui donne et la vulnérabilité de celui qui reçoit, une expérience que chacun d’entre nous fera tôt ou tard dans sa vie.
La recherche scientifique a permis d’établir que les jeunes connaissent très bien leurs semblables. Ils savent ce qui est susceptible de les influencer, quelles formes d’aide ils sont disposés à accepter et quelle est la méthode adéquate pour leur proposer cette aide. Ce potentiel de connaissance énorme permet aux jeunes d’avoir un grand impact sur les jeunes qui leur sont proches. En reconnaissant ce potentiel, nous émettons un signal fort : le signal que nous voyons les jeunes comme un groupe doté de nombreux talents et qui peut être un partenaire actif.
Pour le Fonds, il est important que les jeunes soient conscients de l’influence qu’ils peuvent exercer sur leur entourage et sur leurs contemporains. C’est pourquoi nous avons, cette année, cherché des initiatives qui accordent une importance prépondérante à la notion de tutorat. "Each One, Teach One”, des projets “pour les jeunes et par les jeunes”.
Le concept de tutorat offre de nombreuses possibilités dont la mise en œuvre est relativement simple et qui sont enrichissantes. Le concept crée un cadre structuré au sein duquel adultes et étudiants transmettent leurs connaissances et leur expérience à des élèves plus jeunes. Des jeunes aident d’autres jeunes dans leurs études. Ce faisant, ils améliorent les chances de réussite des plus jeunes et en retirent eux-mêmes une grande satisfaction. Ils s‘épaulent mutuellement, et en arrivent souvent à se refléter l’un l’autre comme dans un miroir.
Je vous rapporte le témoignage d’un des jeunes concernés :« Parfois, les jeunes qui ont des difficultés à l’école, qu’ils soient d’origine belge ou étrangère, ont seulement besoin d’un petit coup de pouce. Nous ne pouvons pas les abandonner à leur sort. C’est moralement inadmissible. Avant, c’était moins un problème. Les gosses qui n’étudiaient pas bien arrivaient quand même à s’insérer dans la société : ils allaient aider le boulanger ou le boucher. Mais aujourd’hui, il y a beaucoup moins de possibilités pour les jeunes sans diplôme. Ils doivent trouver une place dans la société de la connaissance. Et les plus doués doivent pouvoir accéder à l’enseignement supérieur. Pouvoir contribuer à cela, c’est quelque chose de beau et d’utile pour un étudiant. » Fin de citation.
Il est clair que le tutorat ne peut pas remplacer l’enseignement traditionnel. Ces deux formes d’apprentissage se complètent et se renforcent mutuellement. Le tutorat contribue à éviter le décrochage scolaire. Le tutorat permet, outre la formation cognitive, de promouvoir également le développement personnel, le renforcement de la confiance en soi et l’amélioration des contacts sociaux. Le rôle du mentor n’est pas à sous-estimer. Il s’agit donc sans aucun doute possible d’un bon investissement, en particulier à long terme.
Mesdames et Messieurs,
Les nombreux projets introduits cette année pour le Prix Reine Mathilde démontrent une fois encore que des jeunes veulent réellement s’investir pour une citoyenneté active et sont disposés à aider d’autres jeunes à réussir dans la vie.
À l’issue des délibérations, 17 projets ont été sélectionnés, parmi lesquels un jury de jeunes a élu le lauréat.
Je suis ravie de voir que des élèves de deux écoles – l’Athénée Royal d’Ans et de Dames van het Christelijk Onderwijs uit Antwerpen – aient été, cette année encore, unanimes pour désigner un lauréat. Il s’agit d’un projet qui s’engage dans le but d’améliorer les résultats scolaires de jeunes défavorisés tout en encourageant l’implication des parents. Un bel exemple de tutorat efficace.
Permettez-moi de m’adresser aux membres du jury des jeunes : félicitations pour votre travail.
J’ai été impressionnée par votre enthousiasme et par le sérieux avec lequel vous vous êtes acquittés de votre tâche. J’espère que cette expérience vous aura permis d’apprendre comment mener à bien un processus de décision : grâce au dialogue et à la concertation, des aptitudes sociales qui vous seront bien utiles plus tard.
Je suis convaincue que cela vous permettra d’inspirer d’autres jeunes afin qu’ils s’engagent pour venir en aide à des contemporains qui bénéficient de moins de chances au départ.
J’espère, pour conclure, que ce vous avez découvert grâce au concept « Each One, Teach One » constituera pour vous un enrichissement personnel et vous incitera à continuer à partager vos talents et vos capacités avec ceux à qui la chance sourit moins. Votre engagement nous permettra de continuer à œuvrer à une société solidaire dont, en fin de compte, plus personne ne sera exclu.
Je vous remercie.